Journal C'est à Dire 241 - Mars 2018

É C O N O M I E 44 E n fin d’année der- nière, à l’aube de ses 130 ans, l’entrepri- se Berthet décro- chait le prestigieux label “Entreprise du patrimoi- ne vivant” décerné par le minis- tère de l’Économie. Cette marque de reconnaissance a été mise en place par l’État pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et indus- triels d’excellence. Et quelle acti- vité pourrait symboliser mieux que l’horlogerie ces deux termes de “patrimoine” et “vivant” ? L’ob- tention de ce label colle donc parfaitement à l’A.D.N. de cet- te société dont les modèles - com- me les montres de poche ou les montres squelettes à mouve- ment apparent - ont su évoluer avec leur temps sans rien perdre de leur technicité. À l’occasion de cet anniversai- re, la marque Berthet a conçu deux modèles de montres, hom- me et femme, numérotés, label- lisés 1888-2018 et édités à 130 exemplaires. Une façon de mar- quer le coup et de continuer à fidéliser la clientèle, notamment la bonne cinquantaine de détaillants actifs sur toute la France, revendeurs de la marque, ainsi que les clients à l’export. Pour les fidéliser, Berthet utili- se également les nouveaux moyens de communication que sont les réseaux sociaux, notam- ment Instagram pour diffuser les photos des nouveaux modèles. Mais la présence sur les salons, et notamment celui de Bâle qui ferme ses portes actuellement, reste incontournable pour une marque comme Berthet qui ren- contre là ses principaux reven- deurs et nouveaux clients poten- tiels. “Même si Bâle a perdu pas mal d’exposants, ce salon reste pour nous une vitrine indis- pensable. Cette année, avant même de partir au salon, j’avais déjà une quinzaine de rendez- vous sérieux, dont huit clients nouveaux. Quand je vais à Bâle, c’est toujours pour signer des bons de commande” note Pier- re Berthet, le P.D.G. de l’entre- prise qui réalise entre 60 et 70 % de son chiffre d’affaires à l’ex- port, principalement en Euro- pe. La fabrication de boîtes de montres et de montres de poche reste une des principales acti- vités de Berthet, qui vend éga- lement une bonne partie de sa production de boîtes au Swatch Group. “Nous fabriquons par exemple près de 15 000 boîtes par an pour un seul client suis- se” illustre le patron. Berthet fabrique éga- lement les ébauches de ses propres montres dans son usine de Charmau- villers. Montres-bra- celets à complica- tions, montres de poches (gous- sets) sous la marque Berthet ou pour d’autres marques, montres plus haut de gamme estampillées Berthet 1888, “les clients sont en général agréa- blement surpris par la diver- sité de nos productions” estime Pierre Berthet. Le prix de ven- te moyen des garde-temps Ber- thet oscille en moyenne entre 1 200 et 1 400 euros pièce. “La stratégie actuelle est de monter progressivement en gamme” note le dirigeant dont l’entreprise croît d’environ 5 % tous les ans. Pour assurer la production, quatre horlogers s’affairent dans les ateliers de Villers-le-Lac, ainsi qu’un ingénieur en la per- sonne de William Berthet, le fils cadet du P.D.G. Sur le site de Charmauvillers travaille une petite dizaine de salariés. Comment faire pour garder son personnel quand devant les fenêtres des ateliers les sala- riés aperçoivent la Suisse toute proche et ses promesses d’embauche ? “On a des horlogers assez jeunes qu’on sait retenir par une politique salariale plutôt avan- tageuse et qu’on fidélise aussi par un travail intéressant qui n’est pas répétitif. Pour l’ins- tant, ça fonctionne plutôt bien.” 130 ans après sa fondation, l’avenir semble encore serein pour les montres Berthet qui s’adaptent toujours au temps qui passe… n J.-F.H. Berthet, 130 ans de garde-temps Horlogerie La maison horlogère Berthet est sans doute encore la seule fabrique française à produire elle-même ses ébauches dans ses ateliers de Charmauvillers, berceau de la marque, et Villers- le-Lac. Entreprise du Patrimoine Vivant depuis peu, elle sort deux modèles anniversaire pour célébrer ses 130 ans de création. “Agréablement surpris par la diversité de nos productions.” D e l’arrière-grand-père Joseph, fondateur de l’en- treprise en 1888 à William, le fils de l’actuel dirigeant, et futur repreneur, six générations se seront succédé à la tête de la société Berthet. Fils d’un instituteur, Pierre Ber- thet, venu s’installer à Char- mauvillers depuis sa Savoie natale, Joseph Berthet a appris l’horlogerie en Suisse pendant une dizaine d’années avant de créer en 1888 son propre ate- lier. Rapidement, son frère et ses trois fils Édouard, Albert et Camille ont rejoint le fonda- teur dans l’aventure profes- sionnelle. Camille passe ensui- te le flambeau à Claude, le père de l’actuel P.D.G., qui dans les années cinquante, construit une nouvelle usine à Charmauvillers. C’est également lui qui repren- dra les activités de la société Fabior à Villers-le-Lac, créée par la famille Besançon. Pierre Berthet arrive dans l’en- treprise au début des années quatre-vingt après ses études de conception et de construc- tion horlogère passées en Suis- se. “Dès que j’ai eu mon diplô- me, mon père m’a donné les clés de l’entreprise et m’a dit “Débrouille toi !” raconte Pier- re. William Berthet, le fils cadet du P.D.G. s’apprête, “d’ici trois ou quatre ans” dit le père, à pour- suivre l’écriture d’une aventure familiale plus que centenaire. n Les montres de poche dites “squelettes” sont une des marques de fabrique de l’horloger Berthet. Quatre horlogers travaillent sur le site Berthet de Villers- le-Lac. 130 ans d’histoire horlogère Pierre Berthet, P.D.G. de la société éponyme. Dès le début du XX ème siècle, la maison Berthet était distinguée, ici dans un salon horloger à Besançon. Cette machine datant de la fin du XIX ème siècle est toujours en fonction dans les ateliers de Charmauvillers.

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