Journal C'est à Dire 240 - Février 2018

L a satisfaction est à la hauteur de l’attente. Voilà près de 40 ans que les Loclois enten- dent parler du contournement routier de leur ville, un tunnel de 2 x 2 voies long de 4 kilo- mètres dont l’entrée se situera au niveau de l’actuelle carriè- re pour sortir au niveau de la H 20 au Crêt-du-Locle. Comme ils n’ont toujours rien vu venir, certains demeurent prudents. Pourtant, les autorités le pro- mettent : tout est désormais en place pour que cet immense chantier se réalise. La Confédération a en effet, le 17 janvier dernier, annoncé qu’elle considérait ce projet com- me l’un des quatre prioritaires de Suisse. C’est elle qui sup- portera financièrement les 481 mil lions de francs d’investissement après de nombreux rebondis- sements par le passé. Le pro- jet avait été remis dans les car- tons notamment parce que le peuple suisse avait refusé l’aug- mentation du prix de la vignet- te autoroutière, laquelle devait financer ce projet. Tout est réglé grâce au Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglo- mération (F.O.R.T.A.). “C’est une immense satisfaction” se réjouit Cédric Dupraz, président de la Ville du Locle. Avec cette annonce de début des travaux à partir de 2021, la ville s’apprête à se méta- morphoser. “Tous les feux sont au vert. Si la Confédération a choisi de retenir notre projet, c’est aussi parce qu’il était le plus avancé. Aujourd’hui, 25 000 véhicules par jour dont 9 000 pendulaires passent par le centre. Ce contournement est vital pour la convivialité de notre ville, la qualité de l’air. Cela permettra de changer com- plètement le visage du Locle, trop industriel, d’élargir les trottoirs, de créer de nouvelles voies pour les vélos, les bus, etc.” explique Cédric Dupraz. La réduction du trafic (et notamment des poids lourds) va soulager les bâtiments loclois… la plupart construits sur pilotis (Le Locle est un ancien marécage). En compen- sation, un lieu de baignade devrait être créé après l’entre- prise Comadur, sur la droite de la ligne de chemin de fer. Un contournement peut-il tuer ce qu’il reste du commerce local ? “J’y vois déjà une meilleu- re sécurité pour nos enfants car c’est souvent dangereux, explique Emmanuelle Tissot, respon- sable d’un commerce rue de France. Peut-être des habitudes changeront mais nos clients viendront quand même. Ce sont plutôt les kiosques qui pour- raient perdre des clients qui ne passeront plus là” poursuit la commer- çante. Les Loclois sont heu- reux. Ils devront prendre leur mal en patience car l’ouverture n’est prévue qu’en 2027 car le chan- tier sera immense ! Déception pour les frontaliers puisque le bouchon à la douane devrait demeurer. Autre étape : le contournement de La Chaux- de-Fonds. Mais, c’est encore une autre histoire, pas avant 2030. n E.Ch. L’évitement du Locle plus tôt que prévu ! Le Locle Un tunnel à la sortie du Col-des-Roches permet- tra aux automobilistes d’éviter la traversée de la loca- lité. La Confédération l’a désigné comme l’un des quatre chantiers prioritaires du pays. Qu’en pensent les élus, habitants, commerçants ? L A P A G E D U F R O N T A L I E R 50 Cédric Dupraz, président de la Ville du Locle, annonce une métamorphose prochaine de la mère-commune. C’ est à dire : Com- ment se traduit chez Vaucher Manufacture la reprise des exportations hor- logères suisses en 2017 ? Jean-Daniel Dubois : On est toujours en décalage par rap- port au marché. Pour produire des mouvements, on a besoin d’un horizon qui varie de 7 mois à une année. L’horlogerie suis- se était arrivée à un seuil assez bas et maintenant elle se redres- se. Il y avait l’effet d’un sur- stockage, les ventes ont été réa- lisées et on constate une amor- ce de reprise qui reste modérée. Càd : Le bilan 2017 est plus encourageant que celui de l’année précédente ? J.-D.D. : En 2016, on avait anti- cipé face au fléchissement du marché en ajustant l’effectif. On peut considérer 2017 comme une année assez stable et que 2018 sera sensiblement similaire. D’un point de vue technique, on tra- vaille davantage sur des pièces à forte valeur ajoutée. Les clients ne recherchent pas les compli- cations mais ils veulent plus de personnalisation. Càd : Le mouvement reste votre cœur de métier ? J.-D.D. : On produit des mou- vements et des montres équi- pées de nos mouvements. On travaille pour le compte de nos partenaires au sein du pôle hor- loger Parmigiani, je pense par exemple à la maison Hermès. On se développe également dans le secteur du Private label pour le compte de différentes marques. Dans ce cas, V.M.F. fait en quelque sorte office de maître d’œuvre, d’entreprise générale au service d’un donneur d’ordres. Ces clients interviennent dans la distribution et s’adressent à nous pour fabriquer des mou- vements ou des produits com- plets. La prestation peut même s’étendre jusqu’au service après- vente. Càd : C’est aussi une façon d’optimiser l’outil de travail ? J.-D.D. : Le private label repré- sente entre 20 et 30 % de l’ac- tivité V.M.F. C’est un complé- ment d’offre qui tend à se déve- lopper. Nous sommes avant tout pour la montre, l’équivalent d’un motoriste ayant les moyens de fabriquer un mouvement com- plet. Au niveau du pôle Parmi- giani, on est en capacité de fabri- quer 78 % des composants. On peut donc livrer un produit clefs en main sans souci. Càd : Après le licenciement de 37 collaborateurs en mai 2016, V.M.F. a-t-il renoué avec l’emploi ? J.-D.D. : Nous n’avions guère le choix d’agir ainsi. En période de crise, on doit aussi préserver le reste de l’équipage. C’est la vie de l’entreprise. Il faut jus- te le faire le plus dignement pos- sible. Aujourd’hui, on a tourné la page. On a rengagé la plupart de ceux dont nous avions dû nous séparer. Càd : Quel est l’effectif actuel ? J.-D.D. : 140 salariés. On est tou- jours en phase de recrutement sur des postes hautement qua- lifiés, plutôt sur des profils tech- niques, à tous les niveaux de la chaîne de production. C’est très compliqué de trouver des gens très compétents qui ont un baga- ge nous permettant ensuite de faire de la formation interne. On est de plus en plus sélectif. Si l’opportunité d’un profil d’ex- cellence se présente, on étudie attentivement l’offre. Càd : Sans préférence natio- nale ? J.-D.D. : : À qualification iden- tique, nous choisissons de res- pecter ainsi les recommanda- tions du gouvernement neu- châtelois en matière de recru- tement. Pour autant, on sait par exemple que les formations sont beaucoup plus pointues en Fran- ce sur la partie logistique alors que sur le volet horloger, les centres de formation suisses ont toujours une longueur d’avan- ce par rapport à nos exigences. Càd : V.M.F. est-il sensible aux variations du franc suis- se par rapport à l’euro ? J.-D.D. : Pas directement car 90 % de nos clients sont suisses. En sachant que la plupart des marques horlogères sont expor- tatrices, on bénéficie bien sûr indirectement de l’affaiblisse- ment du franc suisse. Càd : Il y a encore de l’ave- nir pour la montre méca- nique haut de gamme ? J.-D.D. : Je suis confiant sur l’année 2018. On reste toujours sur un marché de niche. Aujour- d’hui, la montre n’est plus un instrument de mesure du temps, c’est un produit de rêve. Tant qu’il y aura des gens qui ont les moyens de s’acheter des produits de qualité, je reste serein par rapport à l’avenir. Il faut aussi savoir garder la tête sur les épaules. Le marché n’est pas extensible à l’infini mais les mar- chés sont toujours là. À nous de nous assurer que l’on fait tou- jours de la qualité et que le client final est toujours au cœur du débat. Càd : L’horlogerie suisse doit- elle relever le défi de la montre connectée ? J.-D.D. : Je ne pense pas car il faudrait être là où se fait le développement numérique à côté d’Apple ou de Samsung. Restons fidèles à ce que l’on sait faire, c’est-à-dire un produit méca- nique qui s’appuie sur un savoir- faire d’excellence. La montre connectée permet de ramener une position géographique au poignet. Elle redonne aussi le goût d’avoir quelque chose au poignet. Si l’on se réfère à la pyramide des besoins de Mas- low, on sait qu’à plus ou moins long terme, les jeunes auront toujours envie de pouvoir ache- ter du rêve et de le porter au poignet. À notre niveau, ne soyons pas plus spécialistes que le roi. La montre connectée fait appel à des technologies qui nous dépassent. Aujourd’hui, on est dans ce paradigme-là. Càd : C’est l’enjeu du poi- gnet ? J.-D.D. : Oui. La montre connec- tée permet de remettre l’indi- cation au poignet. Il y aura tou- jours un marché pour cela. Se pose ensuite la question des canaux de distribution en plei- ne mutation avec l’émergence du e-commerce. Nous, les pro- ducteurs, on sera toujours là pour suivre les besoins du mar- ché quels que soient les modes de distribution en gardant à l’es- prit l’excellence du produit du client de nos clients. Cela sous- tend qu’on doit continuer d’in- nover, d’être performant et effi- cace. Càd : Il y aura toujours un avenir pour les produits de luxe ? J.-D.D. : Là-dessus, je suis très confiant. Il faut savoir appré- cier toute la technicité qui se cache derrière un mouvement mécanique haut de gamme. Si l’on fait la comparaison avec l’au- tomobile, c’est l’équivalent d’un moteur qui tournerait en per- manence à 60 km/h avec des sol- licitudes extrêmes thermiques, physiques… Derrière le rêve, le design, il y a donc un processus, une maîtrise technique haut de gamme. Ne pas oublier donc d’apprécier le produit final à sa juste valeur. n Propos recueillis par F.C. “Restons fidèles à ce que l’on sait faire : des montres mécaniques” Fleurier Après une année 2016 tourmentée, l’entreprise Vaucher Manufacture Fleurier du pôle horloger Parmigiani a retrouvé une activité plus stable en 2017. Une tendan- ce qui devrait se confirmer cette année comme l’indique Jean-Daniel Dubois, un directeur plutôt optimiste sur l’avenir du haut de gamme horloger. Après une année 2016 compliquée face à la crise, Vaucher Manufacture Fleurier qui compte aujourd’hui 140 collaborateurs a retrouvé une activité stable. La mort du commerce local ? Jean-Daniel Dubois le directeur n’est pas inquiet sur l’avenir de la montre méca- nique haut de gamme toujours por- teuse de valeurs indé- modables.

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