Journal C'est à Dire 239 - Janvier 239

D ans le cirque rocheux de Consolation, le froid de l’hiver résiste.À l’in- térieur du site touris- tique, les membres de l’asso- ciation “Artisans de Paix”, gar- diens de l’ancien monastère et de ses dépendances, apportent de la chaleur dans cet espace, qui, sans eux, sonnerait creux. Depuis peu, le chauffage se limi- te aux pièces principales. L’as- sociation, en redressement judi- ciaire, réduit les dépenses. En période d’observation jus- qu’en mai prochain, la situation financière est compliquée mais la tâche n’est pas impossible. Les bénévoles accompagnés de neuf salariés ouvrent le lieu 365 jours par an. Si le cœur à l’ou- vrage est toujours bien présent, les locataires s’interrogent. En quelques semaines, un contrôle fiscal, un contrôle de l’inspec- tion du travail, de l’hygiène, de la tyrolienne, se sont succé- dé, et en janvier 2017 celui de la sécurité a contraint l’asso- ciation à l’annulation d’une par- tie des stages de l’été dernier. Alain Michel, président d’Arti- sans de Paix, a accepté de répondre à nos questions. Il cède sa place de président mais res- te encore présent jusqu’à la fin de la période d’observation et de la décision du tribunal. C’est à dire : Comment expli- quer que votre association se retrouve financièrement au pied du mur ? Alain Michel (président d’Ar- tisans de Paix) : L’association a déposé le bilan principalement pour des retards de loyers et d’U.R.S.S.A.F. (N.D.L.R. : 9 sala- riés sont comptabilisés). Nous n’avons pas du tout l’intention d’arrêter, nous avons donc demandé un redressement judi- ciaire. La deuxième période d’ob- servation se termine fin mai 2018. Càd : Quels leviers avez-vous pour redresser la barre ? A.M. : Si les travaux de sécu- rité ne sont pas commencés, ni programmés dès aujourd’hui par la Fondation, nous n’obtiendrons pas l’avis favorable de la com- mission de sécurité absolument indispensable pour organiser et recevoir les stages qui sont à la base de notre activité annuelle. Nous avons donc décidé de trou- ver des ressources indépendantes et complémentaires des visites touristiques. Nous pouvons déve- lopper notre activité boulan- gerie et biscuiterie bio, la bou- tique, la librairie, les cristaux (Terre de Lumière), le salon de thé, l’hôtel, le restaurant (fermé jusqu’à fin avril pour des rai- sons de coût de chauffage) et développer la boutique en ligne. Si les 30 000 visiteurs à l’année payaient les 3 euros d’entrée demandés pour les frais d’en- tretien du parc et des installa- tions mises à leur disposition, cela nous aiderait considéra- blement. Mais on n’oblige per- sonne à les payer même si on en explique le bien-fondé. Càd : Qu’est-ce qui vous coû- te cher ? A.M. : Le loyer (7 500 euros par mois), le chauffage, les salaires. Càd : Pourtant, vous ne payez plus les loyers ! A.M. : Nous avons été obligés d’annuler tous les stages de cet été. Ceci pour des raisons de sécurité en raison des travaux non effectués par notre pro- priétaire. Cela concernait près de 300 stagiaires, parents, enfants, éducateurs. C’est le ser- pent qui se mord la queue car sans travaux de mise aux normes, on ne peut pas accueillir de stages (4 500 personnes sont venues ici depuis 7 ans), et sans cette rentrée d’argent, on ne peut pas payer le loyer. Compte tenu des charges immenses que repré- sentent l’ouverture et l’entre- tien de Conso, je crois que nous devrions plutôt être subven- tionnés pour faire vivre ce lieu ! Nous avons besoin d’être sou- tenus par notre partenaire, pas qu’il nous enfonce. C’est quitte ou double. Càd : Vous n’étiez pas dans les clous réglementaires auparavant. Cette décision était prévisible. A.M. : La commission de sécu- rité a effectivement donné un avis défavorable. Mais des années avant notre arrivée, elle faisait déjà des recommanda- tions de travaux de sécurité pour l’électricité, les détecteurs de fumée… Elle demandait cette année qu’on lui four- nisse au moins un calendrier des travaux. Càd : Vous ne l’avez pas fourni ? A.M. : Ce n’était pas à nous de le faire ! C’est le nœud du problème. Ne pouvant plus payer le loyer, la Fondation a refusé de donner un calendrier des travaux, nous avons subi la situation et dû annuler les stages. Pourtant, depuis 2015, un accord de subventions pour la Fondation de près d’1,2 mil- lion d’euros a été accordé sur le principe mais il n’a pas été déblo- qué par les collectivités. Elles attendent que le litige Artisans de Paix-Fondation soit résolu. Càd : Une manœuvre pour tuer “Artisans de Paix” ? A.M. : Je ne sais pas, ils ont peut- être d’autres projets pour le Val qu’Artisans de Paix. Si c’est le cas, ils devraient nous le dire. Pourtant, nous développons tou- jours plus nos activités dans l’op- tique de la protection de l’en- vironnement, des formations en permaculture, agrobiologie, mais aussi l’interreligieux et l’inter- culturel, les conférences, les fes- tivals de musique du monde, etc. Nous avons eu également à cœur, et comme l’une de nos princi- pales missions, d’entretenir et maintenir ouverte toute l’année ce haut lieu de spiritualité qu’est la chapelle du Monastère, ainsi que la grotte de la Vierge qui se trouve dans le parc à 500 mètres de l’entrée. Càd : De fausses idées cir- culent-elles sur votre asso- ciation ? Une secte Artisans de Paix ? A.M. : Oui, c’est un mythe depuis notre arrivée en 2010, mais il a heureusement presque disparu, même si, alors qu’ils ne sont jamais venus sur place, il res- te quelques irréduc- tibles qui le pensent… Pourtant la porte est grande ouverte, elle n’a jamais été fermée : Artisans de Paix est une véritable école, celle de la Fraternité. Il nous a été repro- ché des stages ésotériques ! Com- me si le yoga ou la méditation étaient condamnables… Des observateurs “officiels” sont venus assister à des stages cet été. Depuis 2010, de très grandes personnalités, intervenants, conférenciers de haut niveau, se sont succédé pour enseigner à Consolation. Croyez-vous que durant toutes ces années ils auraient risqué leur réputation dans une secte ? Tous les habi- tants des villages environnants qui assistent à la messe de Conso tous les dimanches de l’été, croyez-vous qu’ils viendraient se fourvoyer dans une secte ? Lisez notre livre d’or ! Càd : Quid du bénévolat ? A.M. : On nous reproche égale- ment nos bénévoles car ils pren- nent le travail des salariés, créant ainsi une concurrence déloyale… Sérieusement, quel- le est la concurrence qui pour- rait être gênée par Consolation ! Sans bénévolat, nous serions morts ! Nous n’avons plus droit aux contrats aidés : pourtant, poussés par l’État, nous en avons embauché durant trois ans jus- qu’à 24 en même temps. Nous avons ainsi accueilli des per- sonnes en difficulté que personne ne voulait, à qui nous avons don- né du travail et permis de revivre dans la dignité. Il n’y a jamais eu de scandale, ni de problème grave. Bien au contraire. Je peux comprendre que l’on dérange, ma personnalité particulière- ment, c’est pourquoi j’ai posé ma démission de président afin que l’association ne soit plus iden- tifiée “Alain Michel”. Un nou- veau coordinateur, Stéphane Ayrault, prend le relais. Je ne serai plus du tout dans l’opéra- tionnel, mais consacrerai tou- jours une partie de mon temps pour la recherche de mécénat ainsi que la relation avec les per- sonnalités et grands témoins de toutes sensibilités. Il est impor- tant également de prendre en compte le fait que plusieurs per- sonnes privées se sont lourde- ment endettées ou portées cau- tion de prêts bancaires accordés à l’association afin que nous puis- sions assumer les six premières années de la location du Val. Il est difficile d’avoir conscience de ce que cela représente et de ce qu’a été la reprise de Conso- lation, d’y rester présents durant huit années, été et surtout hiver, sans aide extérieure, ni sub- vention. Càd : Le dialogue avec la fon- dation est-il rompu ? A.M. : Pas encore. Nous avons fait preuve de notre réelle volon- té d’ouverture en embauchant récemment trois nouvelles per- sonnes de la région, dont Cathe- rine Donzelot-Tétaz mairesse de Grandfontaine-sur-Creuse. D’autre part, le père Albert Vien- net, aimé et connu dans tout le département, ainsi que Léon Bessot, ancien maire de Val- dahon, conseiller général et pré- sident du Secours Catholique, sont entrés dans notre conseil d’administration. Nous avions même proposé que l’un des membres de la Fondation en fas- se partie également… Avec toutes ces décisions, comment être plus transparent et bien- veillant ? n Propos recueillis par E.Ch. 34 V A L D A H O N - P I E R R E F O N T A I N E Consolation Pour l’association Artisans de Paix, c’est “quitte ou double” En redressement judiciaire, l’association qui gère le Val de Consolation négocie avec la fondation, propriétaire du site. Elle ne paie plus les loyers et demande que les travaux nécessaires pour accueillir du public soient réalisés. Quelle issue ? “Sans bénévolat, nous serions morts !” Alain Michel cède sa place de président de l’association Artisans du Paix qui gère le Val de Consolation. Réaction La Fondation dit vouloir “chercher des solutions” Le président de la Fon- dation Bernard Cante- neur reste un peu sur la réserve et semble vou- loir jouer la montre. L a Fondation de Consola- tion, reconnue d’utilité publique, est propriétaire des bâtiments, de la chapelle, de l’usine électrique et des bois (200 hectares). Le conseil d’ad- ministration regroupe l’État, le Département, la commune de Consolation, l’arche- vêché, le centre spi- rituel (curé). Le prési- dent Bernard Cante- neur a accepté de livrer sur sa position : “C’est une situation difficile, particulière. En 2015, nous avions procédé à un aménagement des loyers avec 25 000 euros de sub- ventions à Artisans de paix. Tout est mis en œuvre pour faire les travaux. Or, les travaux ne peu- vent être engagés que si l’ac- cord des financeurs et des ins- titutions est donné. Avec la situa- tion actuelle d’une association qui ne paie pas, ni l’un ni l’autre ne veulent s’engager” déclare le président. Encore une fois, c’est la qua- drature du cercle. Une réunion du conseil d’administration va se tenir d’ici la fin du mois de janvier, réunion à laquelle le nou- veau coordinateur du site sera convié. La Fondation avoue dans cette période d’observation sa “relative” impuissance. Ou cherche-t-elle à jouer la montre pour qu’Artisans de Paix se démobilise ? “Nous cherchons des solutions et nous avons encore quelques mois pour dis- cuter. Nous avons demandé par exemple à l’associa- tion des anciens de Consolation de prendre en charge la Chapelle. Ils ont lan- cé une souscription” poursuit Bernard Can- teneur. Il se veut rassurant : la Fonda- tion n’est pas malade. Conso- lation ne va pas mourir. Malgré cette situation d’attente dans laquelle personne ne veut se dévoiler, la Fondation estime “que la population doit se réap- proprier Consolation, qu’il faut améliorer la perception du site.” Autant de vœux pieux qui sont pour le moment suspendus à une future décision de justice. n Une réunion fin janvier avec le nouveau coordinateur.

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